L'arrestation
Arrêté le 6 mars 1944 au 36 avenue Foch par la Gestapo, Jacques Panel est sauvagement torturé par Klaus Barbie à l’École de Santé Militaire avenue Berthelot, puis emprisonné à la prison de Montluc.
Dans une lettre datant de 1950 conservée au Service Historique de Défense à Caen, Henri Jaboulay raconte en détail les circonstances de l'arrestation de jacques Panel: "Il fut arrêté le 6 mars 1944 dans les conditions suivantes: Mon P.C. avait été provisoirement installé pour 48 heures Avenue Marechal Foch, angle rue Docteur Mouisset, chez ma secrétaire Mademoiselle Marguerite Martin, tous nos autres locaux ayant été "grillés". Nos rencontres avec l'B.M. régional avaient lieu dans un local de travail Cours Charlemagne dont Mademoiselle Martin détenait les clés. Le 6 Mars I944 nous y avions rendez-vous vers 13 h 30. Nous nous etonnions que Mademoiselle Martin ne soit pas exacte au rendez-vous lorsque le Colonel Chambonnet, alias Didier, Chef régional, nous informa que quelque chose d'anormal s'était passé Avenue Foch. J'ai demandé à Jacques Panel d'aller prudemment aux environs des lieux pour essayer de se rendre compte; ce qu'il fit en restant d'abord en surveillance quelques instants Place Puvis de Chavanne. Il suivit alors le trottoir de l'Avenue Foch opposé au domicile de Mademoiselle Martin, fut arrêté sur ce trottoir, conduit au domicile de Mademoiselle Martin ou il fut reconnu par d'autres agents de liaison déjà tombes dans la souricière montée à ce domicile. Il fut arrêté sous le nom de Jean Chevalier, fut durement torturé à la Gestapo, passa à la baignoire, mais ne parla pas. Il fut ensuite déporté avec mon gendre René Thomas, et subit comme lui le sort de ces malheureux transférés de camp en camp."

Lors de son arrestation, il donne son nom de Résistant « Jean Perrin », pour protéger sa famille. Le témoignage de plusieurs Résistants dont les parents ont été emprisonnés suite à leur arrestation, ou leur maison brûlée, montre qu'il a, en conservant sa fausse identité, sans doute épargné sa famille. Il gardera cette fausse identité jusqu'à la fin, ce qui ne facilitera pas les siens lors des recherches sur sa disparition en 1945.
Montluc (52 jours du 06.03.1944 au 27.04.1944)
Ses camarades témoignent de son passage à Montluc:
Jean Choux : " J'avais ce jour-là un imperméable que je ne mettais jamais. Et dans une poche ils ont trouvé une ancienne feuille de paie de la SNCF à mon vrai nom, ce qui fut cause de la perquisition de la maison paternelle et d'un mois de prison à Montluc de mon père. Après ce premier intermède ils nous embarquent à l'Ecole de Santé, en taxi. Nouvelle fouille, je pensais toujours à mon papier. Un gars de la gestapo m'a donné une cigarette. Chaque fois qu'il me tournait le dos, je fouillais mes poches. Finalement je trouvai ce papier, je le mangeais et demandais du feu au gars de la gestapo ; en fait de feu je reçus une grande claque sur la figure, mais le papier était avalé. Premier interrogatoire d'identité : je leur donnai l'adresse de ma chambre. Il n'y avait qu’une valise pleine de tabac et cigarettes, provisions que m'avait données Romans lors d'une liaison à Annecy. Un petit, avec un accent teuton terrible me dit : « Je suis français comme toi et je suis ici pour aider les Français arrêtés par la gestapo. Dis-moi tout ce que tu sais et je te ferai sortir ». Lui ayant répondu que je ne savais pas ce qu'il voulait dire, j'ai pris une nouvelle claque. L'après-midi, la séance a continué. Ils étaient allés dans ma chambre, avaient trouvé la valise de tabac et 7.000 Frs. Embarqués à Montluc Georges Cochet fut mis dans « la Baraque » et moi, à « l'Atelier ». Le lendemain, nouveau voyage à l'Ecole de Santé. Nous avons attendu toute la journée à la cave, voyant revenir de l'interrogatoire de vraies loques, n'ayant plus figure humaine, amenés à grands coups de pieds ou de poings. Le soir, retour à Montluc. Le surlendemain nouveau voyage, mais cette fois interrogatoire. Je me suis lancé dans une histoire de marché noir, avec le tabac ; nouvelles corrections toute la journée, le soir retour à Montluc. Le lendemain pas d'interrogatoire. Le cinquième jour nouveau voyage. Je recommence mon histoire de marché noir, ils s'étonnent que j’aie si peu d'argent. Je leur parle des boites de nuit mais ils les connaissent mieux que moi. Je leur donne l'adresse de notre PC (il était prévu que l'on devait déménager lors de l'arrestation d'un camarade). lls s'y précipitent et n'y trouvent que des papiers brûlés ; naturellement nouvelle correction. Mais leur ayant donné quelque chose de vérifiable, à partir de ce moment-là tout ce que leur disais, pour eux C'était la vérité... je me suis cantonné dans une histoire de balayeur et quelques histoires de liaisons en gare avec des gars inconnus. Deux jours de suite, de 8 à 20 heures ils m'ont interrogé à deux, sous forme de conversation. Il y a vraiment des grâces d'état dans ces cas là pour ne pas se couper, mais à mon avis c'est plus dur que les coups. Je signai ma déposition, et embarquement à Monthuc, oủ je devais rester jusqu'au 27 avril. Georges Cochet avait été mis lui aussi à « l'Atelier ». L'effectif de l'Atelier variait de 100 à 220 personnes, deux par châlit, poux, punaises et crainte d'être fusillés. Le dimanche soir, André Pedron et Georges Cochet nous donnaient un concert (instruments: leur bouche et une valise) qui se terminait par une Marseillaise. J'ai retrouvé trois chefs compagnons : Pierre Monneret, Louis Font et Weber qui était un des responsables de Libération à Grenoble. Ce dernier devait s’évader avec Sanois au cours d'une corvée extérieure au magasin d'habillement, la veille de son interrogatoire. Le directeur des tramways de l’Ain, un directeur de banque d'environ 60 ans qui, rentrant un jour de l'interrogatoire avec des trous de 1 cm de diamètre et de profondeur à chaque jambe nous disait avec un sourire : « ce sont leurs chiens. Ce qu'il faut, quand ils serrent, surtout ne pas bouger, autrement ça déchire les chairs ! ». Courant mars, est venu nous rejoindre Jacques Panel, toujours sous le nom de Jean Perrin. Nous devions apercevoir dans la cour tous nos camarades qui s'étaient fait prendre au siège du secrétariat avenue Maréchal Foch : Marthe Anne-Marie, Tonia, Charles Ximénès, puis Bernard du Sordet. Nous devions, les garçons, nous retrouver dans le convoi du 27 avril pour Compiègne, Marthe affreusement torturée devait terminer son calvaire à St Genis Laval. Les filles furent déportées à Ravensbrück."
Anne-Marie Curis: "Le 6 mars 1944, j'étais à l'enterrement de mon grand-père. Le 7 au matin, voulant rejoindre Marthe, je me rends à Décines ; là, je trouve le local entièrement nettoyé, sans personne. Je décide donc de me rendre au domicile de Daisy et c’est là que je suis tombée dans la souricière du 36, avenue Foch, le jour d’une réunion de réseau. Je suis entrée « comme d'habitude », sans aucune méfiance. Deux miliciens m'ont sauté dessus... A midi, départ pour les caves de la Gestapo, avenue Berthelot. On m’a mise dans la cave des hommes. J'ai vu d'abord Jacques Panel et Charles Ximénès. Manifestement déjà interrogés..."
Bernard du Sordet: "Bien souvent nous étions appelés pour aller à l'interrogatoire à l'Ecole de Santé. Accueil sympathique des codétenus. Réticences d'usage de part et d'autre, examen de nos ecchymoses, « ils t'ont bien arrangé, t'as les couilles toutes noires, le nez cassé... » ça partait d'un bon sentiment. Les interrogatoires à l'Ecole de santé ; dans la cave il y avait deux rangées de chaises où nous étions assis, interdiction de parler ou de bouger. La journée se passait ainsi et le soir retour à Montluc où alors le cinéma recommençait. Ce régime m'avait complètement démoli nerveusement. Je répétais inlassablement le même disque. Enfin, un beau jour j'ai été convoqué chez responsable de la Gestapo qui m'a signifié la sentence de camp de travail. Je suis presque soulagé. II m'a demandé de signer, ce que j'ai eu beaucoup de mal à faire tant ma main tremblait."
Jacques Panel reste à Montluc jusqu’au 27 avril 1944, après avoir été emmené à plusieurs reprises à des interrogatoires avenue Berthelot.
Compiègne (14 jours du 27.04.1944 au 12.05.1944)
Le 27 avril, il part avec d'autres en train direction Compiègne, camp de transit avant la déportation en Allemagne.
Plusieurs personnes ont témoigné de ce transport.
Jean Choux: "Le 27 avril nous sommes appelés avec bagages. Embarquement à la gare de Perrache. Naturellement attachés deux par deux, soit avec des chaînes, soit avec des menottes. Je suis attaché avec Georges par une chaîne. Voyage jusqu'à Paris dans un wagon métallique de 3ème classe : fenêtres grillagées, sentinelles dans les couloirs. Arrivée à Paris. La ligne est coupée sur le Nord par un bombardement. Transport en camions jusqu'à Compiègne-Royal-Lieu. Nous trouvons les gars de l'Ain victimes de la grande rafle de Pâques."
Bernard du Sordet: "Le voyage de Lyon à Compiègne, en wagon voyageur, sans fait remarquable si ce n'est qu'un prisonnier ayant trop chaud, aidé d'une épingle, enlève ses menottes, pose son manteau et remet les bracelets. La sentinelle n'a pas compris ! Nous sommes allés en camion de la gare de Lyon à Compiègne. Le camp nous a paru très agréable, nourriture convenable et surtout la liberté de nous promener, d'avoir des contacts. J'ai rencontré le Général Coigny avec lequel j'ai sympathisé, Panel, Cochet, Choux et beaucoup d'autres compagnons de résistance qui avaient été arrêtés. I y avait aussi les otages de Saint-Claude dont un de mes condisciples des Chartreux. Ces derniers recevaient des colis de la Croix Rouge - nous pas - dans lesquels il y avait notamment des cartouches de Gauloises. Un jour, j'ai demandé à mon camarade des Chartreux une cigarette. II en terminait une et me tendit son mégot que j'ai écrasé avec mépris. Par contre la solidarité entre résistants fut remarquable. On peut dire que nous étions plutôt heureux. Nous commencions à fourbir notre matériel en vue de démonter les planches du wagon pour nous évader sachant que ce répit ne durerait pas."
