ALAIN PANEL
1921 - 1944

Alain Panel naît à Modane, en Savoie, le 31 octobre 1921. Il meurt pour la France le 29 novembre 1944 dans la 1ère Armée du Général de Lattre de Tassigny lors de la campagne d'Alsace.
Il est le deuxième de la fratrie, petit frère de Jacques, avant Geneviève, la petite dernière.
Il effectue son collège chez les dominicains près de Lyon à Oullins, puis son lycée à Ampère à Lyon.
Après un passage obligatoire sur les chantiers de jeunesse en 1942, comme la plupart des hommes de sa génération (les chantiers de jeunesse sont devenus obligatoires en janvier 1941 pour tous les hommes de 20 ans, pour une durée de 8 mois minimum), il s'inscrit en Licence de droit et de Sciences Politique.
Il s’engage dans la Résistance fin 1943 à l'âge de 22 ans. Il prend part aux Maquis de l'Ain et aux difficiles combats de février et juillet 1944. Il est dans un groupe franc particulièrement actif (instruction militaire, coup de main sur la Station-magasin d’Ambronay, sabotages sur la voie ferrée Ambérieu-Culoz, embuscades sur la R.N. 84.) qui sera par la suite dénommé Compagnie Louison, du nom du sous-lieutenant qui la dirige.
AU SEIN DES MAQUIS DE L'AIN - GROUPEMENT SUD
On peut retracer le parcours d'Alain au cours de ces quelques mois en recoupant les informations du site de la Compagnie Louison avec celles trouvées dans le livre écrit à la mémoire d'Edouard Anselme (né à Caluire en 1924, il était membre et chef de groupe dans la Compagnie Louison, sous les ordres du colonel Romans-Petit puis du capitaine Colin, chef de section d'Alain) conservé aux archives départementales de Bourg-en-Bresse.
Ainsi en juin 1944, avec un effectif de 50 hommes, son G.F. s’engage dans les combats dans le Valromey attaqué par les Allemands. Du 11 au 22 juin, la compagnie Louison participe aux combats au Col de la Lèbe, à Ponthieu, Thézillieu, et près d’Hauteville. Après le 20 juin le G.F. est renforcé par des hommes venant du camp d’instruction de Balvay (c'est à ce moment qu'arrive Edouard Anselme). Les 2 sections sont commandées par les sergents chefs Félix Trabbia et Canevet.
En juillet lors de l’Opération Treffenfeld la compagnie intervient dans le secteur de Saint-Rambert et Tenay avant de se replier sur Arandas elle est renforcée par une 3è section commandée par l’aspirant « André ».
Voici le récit que fait la soeur d'Edouard Anselme (EA) de ce mois de juillet vécu par son frère dans le maquis de l'Ain, d'après ce que ses camarades lui ont raconté : "Du 22 au 30 Juin, il (EA) séjourne dans la ferme de Machurieux, dans la commune de Corcelles. Du 1er au 10 Juillet à Aranc. C'est là que CASTOR (Edouard Anselme) nommé sergent, prend la tête de son groupe franc. C’est là aussi qu'a lieu l'attaque d'un train blindé qui obstrue la voie jusqu'après le départ des Allemands. Puis eut lieu, l'offensive Allemande contre le maquis ; ils font retraite, marchant la nuit, se terrant le jour. Il passa à Brénaz, près đe Culoz, par le col de la Cheminée ; le 12 Juillet, Corcelles, le 13, Longecombe, Hostias le 14, Arandas le 15. Il se trouve au cours de cette retraite avec quelques camarades dans une situation critique, cernés dans un bois par les Allemands, et s'en tire, il ne sait comment. Le 15 Juillet, ils reçoivent un important parachutage."
Effectivement dans la nuit du 14 au 15 juillet 1944 une flotte de neuf forteresses volantes alliées (des bombardiers lourds survole le secteur de la Chartreuse de Portes où s'étaient repliés les 800 hommes du Groupement Sud des maquis de l'Ain. Pendant toute la journée du 14 juillet, la radio de Londres (BBC) diffuse un message de confirmation en clair (faisant fi de toutes les règles de sécurité élémentaires) pour annoncer l'opération aux maquisards : "Pour Chabot, neuf lance-patates viendront vous voir ce soir". Les avions larguent de précieux conteneurs renfermant des armes automatiques, des munitions et, pour la toute première fois, des mitrailleuses lourdes Browning.
Dès le 16 juillet le combat reprend en poursuivant les sabotages de voies ferrées et les embuscades sur les voies de communication des troupes allemandes engagées dans l'Ain.
Le 24 juillet, après les durs combats menés pour résister à l'opération Treffenfeld menée par les troupes allemandes contre les maquis de l'Ain, Alain écrit à sa soeur Geneviève et son beau-frère François, tout justes mariés : " Très chers, mon absence et mon silence vous ont sans doute surpris. Combien m'ont-ils été pénibles et comme j'aurai voulu être auprès de vous, ne pas ajouter la mienne à ces cruelles absences*. Vous savez peut-être combien ce pays est horrible et comme il est coupé du reste du pays. J'espérais néanmoins vous rejoindre, lorsqu'une grave crise m'en a empêché. Elle s'est heureusement terminée, trop tard pour me permettre de réaliser mon projet. J'ai trop de choses à vous dire et à vous demander, trop d'émotion à partager avec vous pour les confier à ce pauvre papier. Je ne puis que vous redire combien je pense à vous et comme je suis près de vous. Adieu et j'espère à bientôt. Arthur"
*Alain a manqué le mariage de sa soeur et de son beau-frère, alors que Jacques et Anne-Marie étaient également absents, déportés en Allemagne, et que Pierre Curis, le père de François était décédé 2 mois plus tôt sous les bombardements à Lyon.


Fin juillet la compagnie participe au bouclage d’Echallon, en protection du parachutage diurne assuré par 36 forteresses volantes.
En août la Compagnie Louison réalise des raids en Dombes et en Bresse, des sabotages ferroviaires sur la ligne Lyon-Bourg. Elle est présente lors de la Libération d’Ambérieu (c'est alors qu'Edouard Anselme décède et qu'Alain prend la tête de la section). Une section participe à la bataille de Meximieux le 31 août au 1er septembre 1944.
Voici le récit de la soeur d'EA du mois d'août vécu par son frère et sa section : "Du 1er au 10 Août, Montanges. De là, il va en civil distribuer « la Voix du Maquis » dans les rues du Bellegarde. Du 10 au 20 août à Corcelles, ils font une embuscade sur la route Lyon – Bourg et coupent la voie en plusieurs endroits entre Marlieux et St. Paul-đe-Varax. Du 20 au 27 août la compagnie Louison s’installe à Ambérieu-en-Bugey ; les Allemands commencent à fuir et le maquis à agir ouvertement. Le 27 Août, la compagnie Louison part d'Ambérieu en camion pour aller à St. Marcel-en-Dombes attaquer les convois allemands qui alors sillonnent la route Lyon-Bourg. Elle se poste dans un bois à 500 mètres environ du village. CASTOR (EA) et son groupe demandent à passer de l'autre côté de la route pour couper la retraite aux Allemands. Ils établissent leurs positions au bord d'un bois perpendiculaire à la route devant un étang. CASTOR fait tracer un chemin dans le bois qui leur permettra l'action finie de rejoindre le gros de la Troupe. Plus d’un mois après on voit encore la place du fusil mitrailleur et la trace de ce chemin. Vers 8 Heures, le lieutenant vient inspecter les positions. « C'est dimanche, ne ménagez pas les munitions ». D'après le témoignage de ses camarades, CASTOR exulte à la pensée de se battre. A midi, paraissent les premiers convois. Couché à côté du fusil mitrailleur, Edouard commande le feu. Au bout d'un instant son camarade étonné de son immobilité s'aperçoit qu'il est mort frappé d’une balle en plein front. Ses hommes le portèrent à l'écart dans le bois et se battirent encore 1 heure 1/2. Ils revinrent chercher le corps dans le bois, la nuit et le ramenèrent à Ambérieu. Ils lui rendirent les honneurs militaires et le veillèrent toute la nuit dans la cour de l'Ecole Maternelle où cantonnait la Compagnie Louison, ainsi que deux autres maquisards tués de l'autre côté de la route. Ambérieu leur fit de belles funérailles auxquelles participa toute la population. Ils furent déposés dans le caveau militaire de la commune.
Ce fut seulement le Jeudi 7 Septembre qu'Alain PANEL et Monsieur le Curé (NDLR: de la chapelle Sainte Bernadette à Caluire) vinrent nous apprendre la mort d’Edouard, 4 jours après la libération de LYON ! Le grand désir de Papa et Maman fut aussitôt de ramener son corps auprès de nous. Un voisin nous conduisit à Ambérieu en auto. Le retour se fit par St. Marcel où nous retrouvâmes sans difficultés la place exacte où Edouard était tombé. *
A Ambérieu, ses camarades se chargèrent de ramener son corps sur un camion militaire sans attendre l'achèvement d’interminables formalités. Ce fut son groupe franc qui l'accompagna. Ils arrivèrent le 15 Septembre au soir. Ils installèrent le cercueil dans la salle de la J.0.C. et se relayèrent deux par deux pour monter la garde toute la nuit. Le lendemain matin, il y eut une messe de communion, simple et recueillie malgré une assistance nombreuse. L'absoute fut donnée sous le cèdre. Ses camarades l'escortèrent jusqu’au cimetière."
* Une stèle commémorative a été érigée au bord de la D1083, à Saint-Marcel (Ain) à la lisière du bois Colette, à l'endroit où il est décédé sous les balles de l'ennemi et où Alain a pris le commandement de son groupe en réussissant à infliger des pertes sévères à l'ennemi et à ramener son chef sur son dos. (cf emplacement ICI).
Le 15 septembre, les hommes qui le demandent sont démobilisés. Les autres, dont fait partie Alain, signent un engagement pour la durée de la guerre et forment la 2ème Compagnie du 1er Bataillon de l'Ain.
LA LIBERATION
En octobre 1944, alors que la zone sud est libérée, il rejoint l'Ecole d'Uriage, qui a pour objectif de former les cadres de la Résistance et de les intégrer à l’armée régulière. Il passe 4 semaines au château de Virieu pour se former sommairement du 25 octobre au 20 novembre, avant d'être envoyé avec sa promotion pour un "stage" de 3 semaines sur le front au sein du 8e Régiment de tirailleurs marocains (RTM) entre le 20 novembre et le 13 décembre 1944. En rejoignant le 8ème RTM, il est engagé dans la bataille d’Alsace avec la 1ère Armée française du Général de Lattre de Tassigny.
Du 20 au 25 novembre il participe à la Libération de Belfort, les soldats du 8ème RTM hissant le drapeau tricolore au sommet de la Citadelle. Cette âpre bataille vaudra au 8ème RTM de porter définitivement l'inscription "Belfort 1944", cousues en lettres d'or dans ses plis.
Le matin du 29 novembre il écrivait une carte postale à ses parents et à sa sœur: “Très chers [...], je ne vous donne pas d’adresse, je vous reverrai avant que votre lettre ne m’arrive. A bientôt. A vous, de toute mon âme”.
Son stage devait se finir 15 jours plus tard.
Il meurt le 29 novembre 1944, à l'âge de 23 ans, d'un éclat d'obus suite à de violents bombardements à Guewenheim qui imposèrent de lourdes pertes à son régiment et aux membres de l'Ecole d'Uriage. (7 morts, 2 disparus, 16 blessés sur 87 de l'Ecole d'Uriage).
Il reçoit à titre posthume une citation à l’ordre du corps d’armée et est décoré de la Croix de Guerre avec Etoile de Vermeil le 18 avril 1947.
« Le Ministre de la Défense Nationale cite à l’Ordre du Corps d’Armée : PANEL, Alain, Georges, Pierre (F.F.I) (à titre posthume).
Au maquis de l’Ain depuis début 1944, a participé à toutes les affaires auxquelles ont pris part les forces du Colonel Romans. Elève Officier à l’Ecole Militaire d’Uriage en octobre 1944 et stagiaire sur le front d’Alsace au 8è Régiment de Tirailleurs, a trouvé une mort glorieuse à Guewenheim près de Thann, le 29 Novembre 1944 ».
Le 19 février 1946, le Lieutenant-Colonel Romans-Petit (chef des Maquis de l'Ain, du Jura et de la Haute-Savoie) écrit de lui : « Magnifique combattant de la Résistance, a toujours fait preuve d’un calme et d’un sang-froid remarquable. Volontaire pour faire partie d’un groupe franc, s’est distingué à plusieurs reprises, notamment le 6/7/1944 dans l’attaque du train blindé à St Rambert en Bugey. Le 28 août 1944 au cours d’un engagement avec l’ennemi à Saint Marcel en Dombes, a pris spontanément le commandement de son groupe à la place de son Chef* qui venait d’être tué et a réussi à infliger des pertes sévères à l’assaillant. Se trouvant dans l’obligation de décrocher avec les éléments qu’il commandait, a réussi à ramener dans nos lignes le corps de son Chef.
Par son courage intelligent et tranquille a été en toutes circonstances pour ses camarades un merveilleux exemple.
A trouvé par la suite une mort glorieuse dans les rangs de la première armée française. »
L'appréciation de des supérieurs d'Alain à l'Ecole militaire d'Uriage disait de lui qu'il était "intelligent, cultivé, pondéré, d'un jugement sain. Méthodique et consciencieux, pourrait faire un instructeur. Courageux et calme, il est apte à faire un chef de groupe et mieux plus tard".
Le 10 janvier 1945, le Général d'Armée de Lattre de Tassigny, Commandant en chef de la 1ère Armée française cite à l'ordre de la Division l'Ecole des Cadres de la 14e Région Militaire de Lamastre - Uriage - Annecy - St Genis Laval.
"Ont préparé pour le Pays des cadres animés d'un beau patriotisme et d'un sens élevé du devoir.
Venus en stage à la 2ème D.I.M. pour parfaire leur instruction militaire, leurs élèves ont particpé dans les tangs mêmes de Bataillons de Tirailleurs à la Bataille de rupture et à l'exploitation qui a permis à la 2ème D.I.M, à partir du 14 novembre 1944, de libérer Montbéliard, Héricourt, Belfort, Masevaux, Thann et plus d'une centaine d'autres localités.
Menant la dure vie d'infanterie, cadres et élèves se sont montrés magnifiques d'endurance et de cran, constituant ainsi, bien souvent, un exemple et un encouragement pour les tirailleurs qui se battaient à leurs côtés.
Ont perdu au cours des rudes combats qu'ils ont livré à l'ennemi près d'un tiers de leurs effectifs".
ARTICLES DE PRESSE

EVEIL du Sud-Est
MERCREDI 20 DECEMBRE 1944
Aujourd'hui : St Théophile
Demain : Saint Thomas
AU CHATEAU D'URIAGE
En présence du colonel DESCOURS, gouverneur militaire de Lyon
La deuxième promotion de l'Ecole militaire reçoit le nom de "Promotion Poli "
(De notre envoyé spécial François VITERBE)
Une cérémonie simple et émouvante s'est déroulée, mardi 19 décembre, dans le cadre grandiose du château d'Uriage en présence du colonel Descour, la deuxième promotion a reçu le baptême traditionnel et s'appellera dorénavant « Promotion Poli », nom qui évoque un des plus purs héros de la Résistance en pays dauphinois, tombé recemment au champ d'honneur lors de la bataille d'Alsace, le capitaine Poli.
Des hommes jeunes, au visage martial, vêtus de l'uniforme kaki passent dans les sentiers qui serpentent autour du vieux château et aussi d'autres soldats vêtus de cet uniforme vert que nous avons vu si longtemps dans nos rues grenobloises, alors que leurs possesseurs étalaient insolemment leur morgue et leur orgueil, prisonniers allemands, employés aux corvées et qui ne semblent nullement disposés a troquer leur captivité fort douce contre les rigueurs de la guerre et de l'hiver du front.
LA CEREMONIE RELIGIEUSE
C'est en l'Eglise de St-Martin d'Uriage, brillamment ornée, en présence du colonel Descour, gouverneur militaire de Lyon, et du général Humbert, gouverneur militaire de Grenoble, qu'a lieu le service solennel célébré à la mémoire des huit héros de la deuxième promotion, qui viennent de trouver une mort glorieuse sur le front d'Alsace.
La messe est dite par M. le curé de St-Martin d'Uriage; tous les officiers instructeurs, sous la direction du lieutenant-colonel de Virieu, commandant de l'école, ainsi que les élèves et de nombreux habitants de la commune assistaient à la cérémonie.
Après l'Evangile, le R. P. Carlier, aumônier, a prononcé une délicate allocution où il a exalté le sacrifice de ceux qui ont tout donné pour que la France vive. La cérémonie s'est terminée par une absoute donnée par M. le cure de St-Martin d'Uriage.
Après un déjeuner servi dans une des grandes salles du château, déjeuner que présidait le colonel Descour et où la gaieté n'a cessé de régner, une courte visite à travers le château a permis de constater que les anciens occupants du château s'étaient comportés en véritables bandits. Un officier nous montre les dégâts causés pour le plaisir de la destruction par ceux qui prétendaient devenir les rénovateurs de la patrie. Nous n'étonnerons personne en disant que les anciens occupants n'étaient autres que les miliciens du sinistre Darnand.
LE BAPTEME DE LA PROMOTION
Il est quinze heures; un ciel triste et morne de décembre pèse sur le vallon d'Uriage; un brouillard terne flotte entre les arbres dépouillés de leurs feuillages et cache les montagnes toutes proches.
Sur le terrain de sports, les élèves de la deuxième promotion font face au fort des Quatre Seigneurs, tandis qu'au sommet d'un immense mât flotte un gigantesque drapeau tricolore.
Face aux élèves, le lieutenant-colonel de Virieu parle; sa voix monte dans l'air froid; ses paroles exaltent les héros des promotions précédentes et ceux de cette deuxième promotion, cette promotion qui sans avoir été baptisée a reçu quand même, là-haut, sur le front d'Alsace, le baptême du sang.
Et le lieutenant-colonel de Virieu évoque un à un ces huit hommes de France qui ont donné leur vie pour la Patrie, le capitaine Louis Poli, le capitaine Pierre Cazenavette, le lieutenant Antoine Fayolle, le sous-lieutenant Pierre Trombert, l'aspirant André Lalanne, l'aspirant Jean Bagnol, le sergent Alain Panel, le sergent Pierre Guilloux.
Il montre que ces héros ont fait le plus grand sacrifice qui pouvait être fait, celui de la vie.
Puis, le drapeau qui avait été mis en berne est hissé au sommet du mat; et le lieutenant-colonel de Virieu demande d'une voix forte:
- Lieutenant Pinel, quel nom promotion votre veut-elle recevoir ?
- Promotion Poli, mon colonel, répond le lieutenant.
Le lieutenant-colonel de Virieu parle alors du capitaine Poli; évoque ce qu'a été la vie de ce patriote qui allait de maquis en maquis porter ordres et directives, merveilleux agent de liaison, bras droit du colonel Descour et du lieutenant-colonel Le Ray. Il le montre jouant allègrement sa vie, toujours agissant, toujours actif, jusqu'au jour de la libération. A Uriage, il fut l'âme de l'école; parti sur le front, il demande à combattre et c'est en combattant qu'il est mort tué par une mine allemande.

LES ALLOBROGES » DU MERCREDI 20 DECEMBRE 1944
A URIAGE, AU CENTRE DES CADRES F. F. I.
La promolion « CAPITAINE POLI » a été solennellement baptisée hier par le colonel de Virieu.
Hier après-midi sur le stade de l'Ecole des Cadres d'Uriage, le colonel de Virieu a baptisé la deuxième promotion de stagiaires.
Au cours de cette émouvante cérémonie a été évoqué le souvenir poignant des huits officiers et sous-officiers glorieusement tombés au Champ d Honneur sur le front d'Alsace.
Les couleurs flottaient en berne sur le mat immense qui se detache hautement sur le ciel de Belledonne, pendant que le colonel de Virieu, devant les officiers et stagiaires au garde à vous, tirait la leçon du sacrifice consenti par ceux que leurs camarades pleurent aujourd'hui.
«Prenons l'engagement vis à vis de nos morts de faire la guerre, de la faire même si elle exige de nous le sacrifice suprême. Ils nous ont légué un testament que nous saurons ne pas oublier. Les vertus des morts sont le germe de celles des vivants, c'est pourquoi je désire, avant de vous baptiser, que ce drapeau flotte à nouveau fièrement en haut du mât."
Puis s'adressant au chef de la promotion, le colonel de Virieu demanda :
- Lieutenant Figuel quel nom votre promotion a-t-elle choisi ?
La réponse vint aussitôt :
- Promotion Poli l
Le chef de l'Ecole retraça alors la vie du Capitaine Poli, vie exemplaire illuminée par les plus hautes vertus d'homme et de militaire, puis il commanda:
- Deuxième promotion, à genoux! Je vous baptise promotion Poli!
Au nom du colonel commandant l'unité à laquelle avaient été rattachés les stagiaires au front, un lieutenant épingla sur la poitrine du Lieutenant commandant la Promotion l'insigne de ce régiment (8ème Régiment de Tirailleurs Marocains).
