François Curis

​1920 - 1992

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François Curis naît à Lyon le 22 février 1920. Il est l'aîné d'une fratrie de 8 enfants, fils de Pierre Curis et Amélie Laroche.

Il effectue son lycée à Ampère à Lyon où il rencontre Jacques Panel, qui deviendra son grand ami.

A 17 ans, il entre en classe préparatoire Maths sup à Ginette à Versailles (Lycée Sainte Geneviève), filière Navale, avec la ferme intention d'intégrer l'Ecole de l'Air. Il y passe 2 ans de 1937 à 1939. Trop impatient de voler, il passe d'ailleurs son brevet de pilote durant sa 2ème année de prépa.

Lorsque la guerre éclate, il ne veut pas cuber et décide de s'engager comme volontaire dans l’Armée de l’Air le 30 septembre 1939. (François est trop jeune pour être mobilisé puisqu'il n'a pas 21 ans). Il est affecté comme E.O.R (Elève officier de Réserve) au Centre d’Instruction de Bombardement (CIB) de Châteauroux, puis à la base de Toulouse Francazal (BA101) en avril 1940 en même temps que son grand ami Jacques Panel. Le 10 mai 1940 l’armée allemande attaque dans les Ardennes. Le 1er juin 1940 François est nommé Sous-Lieutenant. Mais il n’aura pas l’occasion de partir au combat.

Le 17 juin 1940 il écrit à ses parents : « si l’armistice est signé et que nous ne puissions rien faire ici, nous filons, je ne sais pas où, peut être en Angleterre ». L’armistice est demandé le même jour par le gouvernement français auprès de l’armée allemande. Il est signé à Rethondes le 22 juin.

Le 27 juin, il leur écrit : « je devais partir en escadre le jour où tout a craqué. Donc ordres, contre-ordres, etc…, quelques heures après, je devais partir en avion pour Oran, contre-ordre à nouveau, à la nuit enfin on m’expédiait pour m’embarquer à Port Vendres. Là, point de bateau, j’attends un jour, deux jours, couchant dans un wagon, paraît la signature de l’armistice…. Stupeur générale.

Il y avait un destroyer anglais dans le port, avec quelques camarades nous allons demander aux officiers de partir avec eux, demandant à servir dans la RAF. Ils acceptent et beaucoup d’officiers français viennent aussi donner leurs noms. A ce moment paraît un ordre de l’autorité militaire de fusiller sur place tout français embarquant sur un bateau anglais. Nous essayons de discuter, inutile, des officiers viennent nous sermonner, il parait qu’on a encore besoin de nous. Je n’ai pas voulu déserter, mais à ce moment-là, il s’en est fallu de peu…. Nous serons sans doute démobilisés dans quelques temps, j’abandonnerai ma tenue mais en restant sûr de la remettre bientôt en France ou ailleurs. »

Le 8 juillet, François dépité par la débâcle écrit à son père : « … des deux escadres d’ici (Toulouse-Francazal) il ne reste rien. Dans les groupes, il est revenu un officier sur 20. Il ne restait il y a quinze jours que les jeunes escadres qui devaient partir, les nôtres, dont la plupart étaient au Maroc et en Algérie. Si on nous avait laissé partir, peut-être aurions-nous pu gagner quelques jours. Mais la débâcle était trop complète pour que l’issue soit changée…. Je n’aurai vu de la guerre que dix jours que j’aurai passé sans coucher ailleurs que sur le ballast ou dans un fourgon, avec la seule crainte de me faire voler mon revolver. »

Dans une lettre datée du 10 août 40, François écrivait à sa mère : « j’ai espéré jusqu’au 19 juin rejoindre une affectation en ligne. J’étais arrivé au bout d’un mois à être le premier sur la liste et le commandant m’avait promis mon départ pour le 20. La veille au soir, au milieu de la débâcle, j’avais un ordre de mission pour convoyer un avion en Algérie. Contre la chasse de nuit des Baléares, j’étais arrivé à toucher 63 cartouches pour mon revolver.  Dans la nuit, le contre ordre est arrivé. L’avion n’avait pas assez d’autonomie et nous avions peu de chances paraît-il d’atteindre la côte. Sur ce, j’ai filé à Port Vendres… »

On sent son envie profonde d'agir et le dépit qui le poussera plus tard à entrer dans la Résistance.

Démobilisé le 11 septembre 1940, son père - ingénieur des Mines qui a créé une entreprise d'électricité, la Société Lyonnaise d'Entreprise - l'envoie à Grenoble effectuer des études d'électricité à l'Institut électro technique. François commence dès ce moment-là à se renseigner sur les mouvements de Résistance et écoute radio Londres. Il fait preuve d'une grande lucidité et maturité au sujet du gouvernement de Vichy pour un jeune homme de 20 ans. Il écrit le 22 septembre 1940 à son ami Jacques Panel, toujours dans l'armée d'armistice : "Chaque jour nous entraine de plus en plus dans l'effroyable machination qui nous livrera le jour voulu pieds et poings liés à une Allemagne, même affaiblie jusqu'à la limite de ses forces. Il est inutile d'avoir des illusions. Nous ne gagnerons pas plus la paix que nous n'avons gagné la guerre. L'E.M (Etat-Major) de l'armée, par conséquent le gouvernement envisage comme probable la dissection de notre empire avant même la fin des hostilités. Garderons-nous seulement l'Algérie ?

Le gouvernement ne peut rien, mais il ne peut y avoir un membre pour crier tout haut cette impuissance et avoir les yeux des français bornés qu'Hitler a réussi à lancer sur le Juif et sur les Anglais. Il est peut-être déjà trop tard pour remonter la pente. Depuis 90 jours qu'elle dure, l'occupation s'appesantit de jour en jour. Ce sont nos prisonniers maintenant déportés en Allemagne pour travailler aux usines de guerre, ce sont les réquisitions boches en zone libre, jusque sur la Côte d'Azur malgré les conventions d'Armistice, etc... Il est déjà déchiré cet armistice que notre gouvernement s'applique à respecter scrupuleusement. Comment peut-on parler encore à des s.... pareils ? Chaque jour aussi j'apprends de droite ou de gauche des petits faits soigneusement cachés. [...] D'un côté le Français qui démobilisé, content, reste insensible aux restrictions, parce que complètement avachi. De l'autre, les expulsés de l'Est, des familles jetées hors de chez elles sans argent ni vivres, les chômeurs (parfois de par les volontés allemandes - cf textiles de la région de Lyon n'ont droit de réembaucher que 30% du personnel d'avant-guerre, ne devant dépasser 30% de la production primitive- etc...) Et le gouvernement nous a déclaré qu'il signait l'armistice infame pour épargner les populations civiles...Chaque fois encore qu'il faut s'enfoncer un peu plus dans la boue... c'est pour épargner la population civile... Alors que celle-ci va connaitre bientôt une misère bien plus terrible que la guerre. Nos ancêtres de 70 avaient quand même un peu plus de dignité. Tu comprendras que je persiste absolument dans mes desseins. La France ne peut plus rien par elle-même. Elle ne peut plus qu'espérer et compter sur les quelques hommes qui ont eu le courage de s'expatrier pour continuer à se battre et montrer au moins aux Anglais et au monde qu'il y a encore un drapeau français. Peut-être aussi peut-on compter sur la marine qui, elle seule, peut se dire encore invaincue. Je te conseille, même si tu veux critiquer, d'écouter parfois les transmissions à radio Londres de la France libre du Général de Gaulle. Tu y apprendras beaucoup de choses. Ceci dit j'essaie de passer à l'action. Comme je ne peux rien prévoir d'immédiat si quelque événement ne survient pas, je rentrerai probablement à l'Institut de Grenoble un de ces 4 matins, plutôt que de ne rien faire. En attendant, j'inscris soigneusement dans ma mémoire tout ce que je vois et tout ce que j'apprends. Je voudrai pouvoir le hurler à tout le monde mais qui voudrait croire ? La France veut se rajeunir mais nous n'avons pas encore le droit à la parole. D'ailleurs ce serait trop dangereux, les Français préfèrent faire comme l'autruche. Sur ce, mon Vieux, je vais m'arrêter. Envoie-moi quand-même un jour des nouvelles de Toulouse et reçois mes plus cordiales amitiés "

A cette époque, il noue de nombreux contacts au sein des officiers de l'armée démobilisés et se rapproche de son oncle Gabriel Curis, petit frère de son frère Pierre, prieur de la Trappe des Dombes sous le nom de Père Bernard. Ce dernier jouera un grand rôle dans l'organisation de la Résistance dans l'Ain et dans l'implication de toute cette belle jeunesse dans la Résistance.

LA RESISTANCE

​Fin 1942, François rejoint un groupe d’officiers démobilisés qui se mettent au service de l’Organisation de la Résistance de l’Armée (ORA) pour la région de Lyon. Le 1er janvier 1943 il entre dans les Forces Françaises de l’Intérieur au titre de l’Etat-Major Départemental AS Rhône.

De Novembre 1942 à Avril 1943 il participe à la formation des camps du Maquis de l’Ain et à la mise sur pied d’une compagnie à Marlieux. Il s’illustrera en avril 43 lors de « l’échauffourée de la Mitaine » au contact avec l’armée allemande.

Il reçoit en avril 1943 l’ordre de rejoindre les alliés en Afrique du Nord en tant que spécialiste aviation, mais il est arrêté par la Gestapo en mai 1943 lors du passage de la frontière espagnole, suite à une dénonciation d’un passeur, puis emprisonné le 18 mai à la citadelle de Perpignan. Le 1er juin 1943, il quitte la citadelle de Perpignan dans un wagon voyageurs à destination de Compiègne Royal-lieu, qui est le camp de transit avant la déporation en Allemagne. François s’échappe malgré la présence des soldats allemands, en sautant du train la nuit lors d’un ralentissement près de Toulouse où il se casse une cheville lors de sa chute. Cette épopée est racontée avec beaucoup de détails par un de ses compagnons d’évasion, Jean Lenglet, Enseigne de Vaisseau et pilote (ICI).

Il rejoint Lyon puis l’organisation de la Résistance à l'État-Major du maquis du Vercors sous le commandement du capitaine Alain Le Ray. Dès le mois de juillet 1943 il est promu lieutenant par ordre du général Duval. Il est nommé chef du 2ème Bureau (le renseignement militaire) jusqu’en Janvier 1944. Il sera affecté au groupement de Pierre Dunoyer de Segonzac à Paris entre janvier et avril 1944. En mai 1944 il retourne dans le maquis du Vercors.

Son ami Jacques Panel sera arrêté par la Gestapo le 6 mars 1944 et la sœur de François, Anne-Marie (tante Nane) le 7 mars 1944.

Le 26 mai 1944, son père Pierre, industriel à Lyon, décède dans ses bureaux de Lyon sous les bombardements alliés. François qui est en clandestinité ne peut pas se rendre à l’enterrement. Il viendra embrasser son père une dernière fois sur son lit de mort en cachette la nuit précédant l’enterrement.

En juin et juillet François a 2 mois de congés pour préparer son mariage. Il épouse Geneviève Panel, la petite soeur de son ami Jacques le 10 juillet 1944.

Il se marie le même jour que sa soeur Simone Curis avec Paul Allut.

Leur père est décédé 6 semaines plus tôt, leur soeur Anne-Marie et son beau-frère Jacques sont tous les deux déportés en Allemagne.

En août, il participe à la libération de Grenoble, puis à celle de Lyon le 3 septembre 1944.

« Je me souviens de cet enthousiasme des Lyonnais, des habitants qui ont vu entrer dans Lyon des FFI., à la tête desquels le colonel Descour. Il réalisait ainsi son vœu le plus cher : libérer Lyon avec, aussi, ses « Maquisards du Vercors ». L’entrée dans Lyon de l’armée de Lattre, qui arrivait du sud, provoqua un tel enthousiasme que ce fut un spectacle inoubliable.

Il faut citer quelques lignes écrites par le Général de Lattre de Tassigny « Histoire la 1ère Armée française) : C’est par l’itinéraire prévu, que la 1ère DFL pénétra dans Lyon, le 3 septembre, à 8 h du matin, le commandement allemand aura réussi à en retirer ses dernières troupes. Depuis la veille au soir, les F.F.I. de Bayard (Descour) y bordaient la rive gauche, dont tous les ponts sont détruits.

Les combattants sans uniforme ont ainsi la fierté légitime d’entrer en tête dans la grande cité qui avait mérité d’être appelée la capitale de la Résistance. Avec délicatesse la 36ème D.I.U.S., qui en a atteint les portes à l’est et au sud, arrête son mouvement pour laisser à la D.F.L., l’étrenne d’un enthousiasme indescriptible. Je me souviens que, place Bellecour, le lendemain, le Général de Lattre et le colonel Descour passent en revue les troupes. Il y a là, coude à coude, les soldats de l’armée d’Afrique, des Maquisards (sans uniforme) au premier rang desquels, ceux du Vercors et ceux de la région lyonnaise. Le colonel Descour nous remet une médaille. Puis quelques jours après le général de Gaulle est à Lyon. On nous a donné des effets militaires pour défiler, avec ceux de l’Armée de Lattre. »  Récit de la libération de Lyon le 3 septembre 1944 par le Lieutenant-Colonel Régis de Miol Flavard, Résistant, combattant du Vercors.

Le 3 Septembre 44, François devient aide de camp du colonel Descour, nommé gouverneur militaire de Lyon lors de la Libération de la ville. François est notamment chargé d’accueillir le Général de Gaulle lors de sa visite à Lyon le 14 septembre 1944.

Henri Jaboulay écrira de lui "Très Résistant, sérieux, dévoué, a rempli des fonctions justifiant amplement le grade de lieutenant. Mériterait pour son activité et son sens des responsabilités une proposition au grade de capitaine".

Le Colonel Descour , chef Régional FFI lui remettra le 7 juin 1945 la Citation à l'Ordre de la Division avec Etoile d'Argent pour les motifs suivants: " Jeune officier d'une remarquable bravoure et d'un rayonnement exceptionnels. Entré dans la Résistance armée dès la fin de 1942; s'est consacré corps et âme à l'organisation du maquis. S'est particulièrement distingué dans l'échauffourée de la Dillaine (Ain) en avril 1943 et dans le Vercors du mois d'Août 1943 au mois de Mars 1944.

Arrêté par la Gestapo en juin 1943, s'est évadé dans des conditions inouïes d'audace et de sang-froid alors qu'il allait être enfermé à Compiègne.

​Type accompli du jeune officier de France qui a tout donné pour le salut du Pays"

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François Curis en tenue d'officier de l'Armée de l'Air (en noir sur la photo) saluant le Général de Gaulle le 5 novembre 1944 à Chambéry.